Françoise Boze en reine de Notre-Dame le 21 janvier 1782

Le 21 janvier 1782, contrairement à ce qui s’était passé pour la naissance de Madame Royale, Marie-Antoinette se rendit seule à Notre-Dame pour célébrer la naissance du dauphin. Le roi ne la rejoignit qu’à l’Hôtel-de-Ville. Le but, pour ce dernier était, comme on l’a vu, de faire croire que la reine voulait se passer de lui parce qu’il n’était pas le père de l’enfant. Désormais qu’elle était mère d’un dauphin, elle devait apparaître définitivement comme toute puissante.

Malgré tout, elle ne décidait de rien en réalité et la journée fut pour elle une longue humiliation, d’autant plus que Louis XVI en avait profité pour imposer sa maîtresse, Françoise Boze, dans sa suite. Elle avait été introduite dans le cercle de la reine sous le nom de Waldburg-Frohberg épouse Dupont de La Motte. On trouve en effet dans le dossier Dupont de La Motte de la BNF, une lettre à elle adressée par un prétendu chevalier gascon qui se réjouit de l’avoir vue, le 21 janvier, “à la suite et dans le carrosse de la reine.1“. C’est probablement la présence de la maitresse du roi lors de cette journée qui fut à l’origine du tableau de Debucourt montrant Louis XVI et sa maitresse aux Halles le même jour

Mais d’autres œuvres en portent également la trace. Ainsi, cette Vue intérieure de Notre-Dame au moment de l’arrivée de la reine, pour l’action de grâce de la naissance de Mgr le dauphin

Alexandre Moitte, Claude-Nicolas Malapeau, François-Denis Née, Vue intérieure de Notre-Dame, estampe, 1784, BNF/Gallica, De Vinck 746.

Elle a été publiée dans le Voyage pittoresque de la France (t. III, 1786.), en regard d’une Vue extérieure de Notre-Dame, prise au moment de l’arrivée des gardes françaises et suisses, le jour de la bénédiction des drapeaux, peut-être en rappel du jour où le maréchal de Biron avait pris prétexte de cette cérémonie pour ne pas réprimer les émeutiers parisiens dans la guerre des Farines. 

Ce qui surprend dans la Vue intérieure, c’est qu’on ne sait pas réellement où est la reine. A priori, c’est la femme qu’on voit en prière, de dos, placée en devant de deux de ses dames, également en prière. Cependant, qui est la femme qui arrive sur la gauche, accompagnée d’une suite de gardes et notamment d’un tambour ? Elle correspond mieux à ce que nous indique le titre de la gravure : “au moment de l’arrivée de la reine”. 

L’auteur nous laisse dans l’indécision et cette indécision ne peut se justifier que par le fait que ce jour-là, il y avait deux reines : Marie-Antoinette et Françoise Boze, la véritable mère du dauphin. C’est manifestement cette dernière qui est représentée à gauche. Etant protestante, il était logique qu’elle ne prie pas à Notre-Dame. 

A droite, on voit un garde qui essaye d’empêcher deux enfants d’entrer, comme en pendant de la dame à gauche. Ils semblent indiquer que le problème est bien là, il y a deux dauphins : le fils de Marie-Antoinette et le fils de Françoise Boze, et c’est ce qui doit rester caché. Sur l’aquarelle d’origine, devant ces enfants, on voyait également deux personnages lâchant un vol de colombes. 

 

Alexandre Moitte, Vue intérieure de Notre-Dame, plume et lavis à l’encre de Chine, rehauts d’aquarelle, 1784, BNF/Gallica, RESERVE FOL-VE-53 (G).

Ils ont été supprimés sur la gravure, peut-être parce que, par le rapport avec la colombe du Saint-Esprit, ils indiquaient un peu trop clairement que les protestants avaient conquis Notre-Dame. 

L’abbé Mulot, dont le parcours l’assimile au réseau de Louis XVI, se trouvait à la cérémonie et l’a évoquée dans son journal intime. Naturellement, il ne dit rien de Françoise puisque Louis XVI voulait faire croire que la seule fautive était la reine et que le dauphin était le fils du comte d’Artois. Aussi, il rapporte : “La Reine ne m’a pas paru bien satisfaite. On m’a dit que les cris du peuple n’avaient pas été multipliés ; d’ailleurs, on m’a assuré que Mme d’Artois n’allait pas bien2.” 

  1. Lettre datée de Paris le 24 janvier 1782, BNF Mss NAF 6576, f° 139 []
  2. François-Valentin Mulot, Journal intime, Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, t. XXIX, p. 74. []

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Aurore Chéry (22 mai 2026). Françoise Boze en reine de Notre-Dame le 21 janvier 1782. À travers champs. Consulté le 12 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/169hy


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