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Lagrenée promeut Louis XVI sans l’influence délétère de La Vauguyon

Lagrenée l’Aîné réalisa deux versions de Diane et Endymion, une qu’il exposa au Salon de 1769 et l’autre, au Salon de 1775.

Louis-Jean-François Lagrenée, Diane et Endymion, huile sur cuivre, 1768, Nationalmuseum, Stockholm.

 

Louis-Jean-François Lagrenée, Diane et Endymion, huile sur toile, 1775, National Museum, Poznan.

Dans les deux cas, la scène représente la visite de Diane à Endymion, le berger endormi. Leur sens est juste inversé. Le fait que la même scène soit traitée deux fois, à cette période, fait écho aux représentations doubles évoquant la double vie du dauphin, père de Louis XVI. Toutes les eux poursuivent le discours tenu dans L’Allégorie sur la mort du dauphin. Le choix de représenter Endymion se justifiait alors parce qu’il y a eu une guerre de succession entre ses trois fils.

Dans le premier tableau, Endymion est certes endormi mais sa pose le fait paraître accablé. Il a une jambe couverte d’une draperie bleu marial, symbolisant son image de dévot, tandis que l’autre repose sur une draperie blanche, renvoyant à Henri IV. Bien qu’il soit tourné vers le blanc, le bleu l’entrave. 

En face, Diane  s’enveloppe de bleu clair protestant. Elle est accompagnée d’un Amour blond, qui a donc les cheveux plus clairs que ceux d’Endymion et Diane. On peut y reconnaître le futur Louis XVI. Cette chevelure qui détonne faisait écho aux rumeurs sur sa bâtardise. Néanmoins, il s’appuie sur Diane et cherche à montrer à Endymion qu’il peut se rassurer : il poursuivra son combat. On remarque que ses ailes sont teintées de jaune. Il trahit ce pour quoi on l’a désigné comme l’héritier de son père pour suivre effectivement le projet politique de son père.

Le tableau de 1775 présente Endymion dans un sommeil plus serein, mais couvert d’une draperie jaune, qui renvoie à la représentation traîtresse du dauphin en Bélisaire. Ce qui confirme qu’il s’agit d’une fausse image du dauphin, c’est le fait qu’il soit abrité sous un rideau rose, de la même couleur que celui qui découvrait la scène dans l’Allégorie sur la mort du dauphin. Confirmant que cet Endymion n’a rien de révolutionnaire, comme Bélisaire, il est accompagné d’un chien endormi qui représente le peuple. Ce chien est à opposer à celui qui crachait le feu dans l’Eté de Durameau. Cette fois, Endymion et l’Amour ont la même couleur de cheveux, ce qui tend à montrer que Louis XVI est bien le fils du dauphin, en dépit des rumeurs. 

Diane a les jambes entravées par une draperie bleu clair, indiquant qu’elle a dû suivre les protestants, mais l’Amour lui retire la draperie rose, signifiant l’adultère, qui la couvre. Tout en le faisant, il désigne Endymion du doigt, comme si c’était sur lui qu’il voulait mettre la draperie rose dont elle se couvre. Par là, Lagrenée postulait que l’homme adultère, c’était le dauphin, pas Marie-Josèphe de Saxe, mais qu’on n’avait pas voulu le dire parce qu’on l’avait figé dans une fausse image de Bélisaire catholique et impuissant. 

Le premier tableau était présenté avec un pendant au Salon de 1769, un Bacchus et Ariane. Tous les deux étaient peints sur cuivre, un métal tirant sur le rouge rappelant la sanguine, allusion au rôle de l’Angleterre, qui avait souvent été employée pour évoquer la mort du dauphin. La peinture venait donc reconstruire au-dessus de la destruction anglaise. 

Louis-Jean-François Lagrenée, Bacchus et Ariane, huile sur cuivre, 1768, Nationalmuseum, Stockholm.

La pose d’Ariane rappelle celle de Marie-Josèphe de Saxe dans l’Allégorie à la mort du dauphin. Seulement, dans l’Allégorie, sa relation avec le dauphin donnait l’impression qu’il l’attirait avec lui dans la mort, en la couvrant de bleu protestant. Comme si elle cherchait à résister, à bout de force, elle tournait la tête de l’autre côté. Ici, Ariane est toujours entravée par le jaune de la trahison mais, après avoir été abandonnée par Thésée, elle retrouve un Bacchus qui cherche à la rassurer, et c’est vers lui qu’elle tourne la tête. Ce Bacchus est quant à lui entravé par le rouge anglais, c’est une représentation du dauphin assassiné. En fait, le tableau met en scène une réconciliation post-mortem du dauphin et de Marie-Josèphe de Saxe, telle que leur histoire d’amour était mise en scène pour effacer la maîtresse et la descendance illégitime du dauphin. Mais c’est un véritable Amour qui apparaît sur le tableau pour leur décocher une flèche et rendre réel cet amour fictif. Il rappelle la figure de l’Amour conjugal qui était prévue pour le Mausolée de Sens. Il est blond, comme l’Amour de Diane, mais ici ses ailes sont teintées de bleu protestant. Il apparaît comme un contrepoint du duc de Bourgogne de l’Allégorie. C’est à nouveau une représentation du futur Louis XVI qui vient corriger ce pour quoi on avait organisé une union entre les Bourbons et les Wettin : les empêcher de migrer vers le protestantisme, ce qui avait conduit le couple à l’échec.